dimanche 4 juillet 2010

Samaipata et Santa Cruz

Après autant de temps en ville, on était assez contents d'arriver à Samaipata. C'est un petit village paisible au milieu des montagnes couvertes d'une végétation abondante, à deux pas du parc national d'Amboro, à l'aurée de l'Amazonie. A peine arrivés, on rencontre James, états-unien, et Philippe, québécois ; on décide de partir le lendemain pour deux jours dans le parc naturel avec un super guide, Erwin. Deux journées géniales à crapahuter dans la forêt derrière notre Rambo personnel qui joue de la machette comme pas deux pour nous frayer un chemin, qui nous montre des traces de pumas, d'ours, de porcs sauvages... De plus Erwin est très sympatique (et bon cuisiner), le bivouac au feu de bois n'en est que plus agréable, avec en fond sonore les chants des oiseaux et quelques hurlements de singes.
De retour au village, on rencontre pas mal de voyageurs et on passe quelques jours tranquilles entre matchs de mondial et soirées avec ce bon petit groupe, dont un grand barbecue au camping autour du feu avec un djembe mais malheureusement pas de guitare. On visite aussi un petit refuge zoologique avec des singes en liberté et pas mal de voyageurs bénévoles. Au final on aurait eu envie d'y rester un mois, mais cela faisait déjà sept jours qu'on était là, il était temps de s'en aller... On décide quand même de rester une dernière nuit pour partir en même temps que Maxime, brestois, Mathieu, touranjou, et Loic, bordelais, (et oui encore trop de français...) qui vont aussi à Santa Cruz et on abandonne le reste du groupe.
A Santa Cruz, on regarde le mondial le jour (beaucoup d'ambiance dans les bars en Amérique du Sud !) et le soir on joue au Truco qu'on a finalement réussi à apprendre grâce à Mathieu et qui s'avère être un jeu génial. On ne reste que deux jours puis on quitte les autres et on part pour Trinidad, sur la route de Rurrenbaque.

Premières semaines en Bolivie

Après un bref passage à Uyuni on arrive à Potosi. Ville chargée d'histoire : en effet les mines du Cerro Rico, c'est-à-dire de la colline riche, ont fourni les milliers de tonnes d'argent qui ont enrichi l'Espagne pendant un peu plus de deux siècles. Sept millions d'indigènes sont morts ainsi, permettant l'expension du capitalisme européen, l'alimentant entre le XVIème et le XIXème. Marine et moi avons visité la mine avec un groupe. Expérience impressionnante : on croise des mineurs poussant des chariots d'une tonne et demi remplis de minerai sur des rails défoncés, on fait les offrandes rituelles aux statues des dieux de la mine, on offre du singani à un mineur au fond d'une galerie, puis on doit attendre quelques minutes que la dynamite qui vient d'être installée explose : la galerie tremble à chaque détonation. Au final ce fut vraiment intéressant de rencontrer ces gens qui passent leurs vies sous cette colline, à mâcher de la coca pour supporter le labeur à 4000 mètres d'altitude, à prier à la fois Jésus et leurs dieux païens de leur accorder des meilleurs conditions de travail ou de trouver du minerai pur et qui gardent toujours le sourire malgré une espérance de vie de 45 ans. Certains vont même jusqu'à retourner dans la mine pour picoler entre eux les jours de congé !
A Potosi, on commence aussi à découvrir la culture bolivienne. Au début, on est surpris par la façon de s'habiller des femmes, avec leurs jupes plissées, leurs pulls ou punchos aux motifs traditionnels, leurs bébés accrochés dans le dos et leurs chapeaux melons... Cela fait plaisir d'arriver dans un pays qui a su rester proche de ses racines, contrairement à l'Argentine ou le Chili, très occidentaux.
On parle beaucoup politique avec les boliviens. On voit à leur histoire, succession de révoltes, révolutions, guerres et coups d'état, que ce peuple, qui a aujourd'hui atteint une stabilité relative, se rebelle quasi-constamment contre le pouvoir, qu'il soit issu d'un putch ou démocratiquement élu. Pour exemple, les mineurs n'y vont pas de main morte, ils manifestent en balançant de la dynamite sur les flics ! La situation a toujours été tendue entre l'Ouest, région pauvre à majorité indigène, et l'Est, soit les provinces riches de Santa Cruz et de Beni, plus typées europénnes. Mais en dehors de ça, nous découvrons des gens chaleureux, souriants, ouverts et très festifs. A Potosi, Sucre puis Cochabamba, pas un jour ne se passe sans qu'une fanfare défile pour une raison quelconque, anniversaire de l'école, fête religieuse ou juste comme ça, pour faire la fête accompagnés de danseurs ou d'un cortège de personnes déguisées... Le plus drôle est qu'en général, les fanfares se composent de quelques percussions qui assurent plus ou moins et d'une poignée de trompettes qui jouent n'importe quoi chacune dans son coin, mais avec une énergie, une bonne humeur qui font de la cacophonie inaudible un joyeux tintamarre. A part ça, j'adore vraiment la musique andine et la Bolivie en est le coeur puisque c'est de là que viennent la kenam la zampoña et le charango (sorte de flûte droite, flûte de pan et petite guitare). Pour un aperçu, écoutez les K'jarkas par exemple. Et c'est encore mieux avec les magnifiques paysages de l'altiplano sous les yeux. A Cochabamba, on va un peu plus loin en découvrant les danses traditionnelles lors d'une soirée au centre culturel Tinkuna. D'abord, on participe à une petite cérémonie où on brûle de la graisse de lama et quelques autres offrandes à la Patchamama en mâchant des feuilles de coca, puis on boit de la chicha, un alcool de maïs qui fait légèrement penser au cidre, sans oublier de verser une partie du bol en bois sur le sol avant de le boire cul sec, le remplir à nouveau et le tendre à quelqu'un d'autre. Ensuite la musique commence, les gens dansent autour du feu et la fête continue tard dans la nuit.
Deux jours plus tard, c'est le solstice d'hiver, le nouvel an andin. A cette occasion après avoir dansé sur la place centrale en costumes traditionnels, des centaines de personnes se regoupent à l'extérieur de la ville pour le même genre de rituels et pour faire la fête en attendant le lever du soleil. Nous avions loupé le départ, mais l'ambiance était très bonne aussi dans les bars ! Sur Cochambamba, on peut ajouter que la nourriture y est très copieuse, bonne et pas chère. Enfin encore plus que dans le reste du pays. Et puis il y a aussi la place centrale où on peut aller à chaque heure de chaque jour en étant sûr de trouver des débats politiques, des clowns, des artistes de rues, des espèces de concerts-sermonts catholiques, des groupes de musiques traditionnelle, et je ne sais quoi encore !
Globalement de la ville donc jusque là, à part une virée aux sept cascades près de Sucre, très jolie succession de chutes d'eau dans une espèce de canyon et au lac Angostura près de Cochambamba.