mardi 3 août 2010

Rurrenabaque et la selva

Arrivés de nuit, ce n'est qu'au matin qu'on découvre que cette petite ville tropicale au bord du río Beni est entourée de montagnes abruptes à la végétation luxuriante. On commence à parcourir les rues de cette paisible bourgade sous une chaleur humide accablante à la recherche d'infos sur les tours dans la selva. On rencontre vite quelques artisans argentins qui nous indiquent un indigène qui travaille à son compte et propose des expéditions dans la jungle. On prend donc une des navettes qui font la liaison avec San Buenavista, village de l'autre côté du fleuve où habite Alfonso, notre futur guide. On le rencontre chez lui, avec sa famille, et on se met vite d'accord sur une expédition de quatre jours dans la jungle. Il nous fait tout de suite très bonne impression. En fait il est originaire d'un petit village indigène plus avant dans la selva où il était chaman, a travaillé comme guide pour une des nombreuses agences de Rurrenabaque durant des années mais a arrêté, fatigué d'être payé une misère alors que les patrons se remplissent les poches des dollars des touristes. A 58 ans il est donc maintenant à son compte, et tout le monde y gagne : nous payons deux fois moins cher qu'en agence et lui gagne bien plus. De plus on préfère donner notre argent à cet homme simple et sympa qui vit pauvrement avec sa famille dans des cabanes en bois sans eau courante ni électricité.Le lendemain, après avoir acheté les vivres, on part donc avec Alfonso, Rilvert son fils de 12 ans, et les trois argentins qui ont décidé de venir aussi. Après quelques heures de bus, qu'on a encore dû pousser au démarrage et qui a crevé à mi-chemin, normal, on pénètre dans la selva. Là commencent quatre jours intenses, à crapahuter entre les arbres gigantesques, splendides, farfelus, les lianes, les colonies d'énormes fourmis chasseresses, les nuées de moustiques, mouches "marioui", les énormes papillons aux couleurs éclatantes et les petits blancs qui pondent sous la peau... On pêche les piranhas qu'on prépare le soir ou au petit déj au feu de bois, on écoute les innombrables bruits de la forêt, cris d'oiseaux, hurlements de singes, on suit des traces de tapirs, de biches, de porcs sauvages, on aperçoit un crocodile, on échappe à des serpents mortels... Alfonso et son fils nous apprennent des tas de choses sur les habitudes des animaux, sur les vertus des différentes plantes qu'on croise, c'est vraiment passionant. Et il est impressionant à identifier n'importe quel animal à l'oreille quand nous on confond des cris de singes avec des chants d'oiseaux, voire avec le bruit du vent! Finalement on en ressort dégueulasses, couverts de sueur, de terre, de piqûres, morsures et égratignures diverses, mais ravis et un peu changés (pour le moins désensibilisés aux attaques d'insectes inconnus et vrombissants). On arrive à la route trop tard pour le dernier bus, mais un camion nous laisse monter sur son chargement de bois, et on rentre tranquillement, en suçant des feuilles de coca, regardant le paysage et pensant à ces quelques jours magiques. Après quelques heures immobilisés à réparer le camion on arrive à San Buena vers une heure du matin. Dans le seul hôtel du bled il n'y a qu'un lit double de libre pour trois, et la douche qui nous faisait rêver ne marche pas... Mais bon, une nuit de plus couverts de boue c'est pas la mer à boire!Le lendemain et le surlendemain c'est la fête anniversaire de San Buena, avec plein de musique, de concerts dans les bars, de boliviens qui nous invitent à boire avec eux... Et quand ils se mettent à boire le spectacle vaut le détour! Ils éclusent la bière à vitesse grand V en enchaînant les cul-secs, ils invitent les tables voisines à faire de même, ils chantent et dansent (tant qu'ils tiennent debout)... On finit la soirée plus tranquillement en jouant au truco avec nos trois amis argentins, à qui on avait promis une partie. Et le lendemain, après les adieux, échanges de photos et emails habituels avec tout le monde (eh oui, j'ai crée une boîte mail à Alfonso), on quitte ce coin de nature tropicale splendide un peu à contre coeur pour prendre la route de La Paz.

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